Inondations à Bandol, LA MÉMOIRE ET LA LOI par Nathalie Caune

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Inondation Bandol illustration

Tournés vers l’avenir, nous construisons nos villes en oubliant de rester bien ancrés dans le passé. Trop ringard ! Rétrograde ! Résultat : nous partons à la dérive et nous perdons la maîtrise de notre environnement et de notre sécurité.

Le passé nous donne des leçons que nous négligeons et les coups de règles sur les doigts sont des inondations à répétitions, des effondrements de falaises, des coulées de boues… parfois dramatiques dont les journalistes se font l’écho avec alarmisme.

Un urbanisme amnésique

Très récemment à Ollioules, une canalisation en pierre vieille d’un siècle, oubliée depuis longtemps, a été découverte à la faveur d’un important chantier. «En construisant un bassin de rétention à proximité du site DCNS, des ouvriers ont découvert l’existence d’une galerie souterraine jusque-là inconnue.»

http://www.varmatin.com/la-seyne-sur-mer/ollioules-dcns-sinstallerait-debut-2016.1914451.html

«Ce souterrain daterait d’il y a un peu plus d’un siècle et aurait été créé afin de rabattre les excédents d’eau vers les rivières alentours en cas de fortes précipitations ou de montée de la nappe.»

La Reepe Ssterr_vertic

Cette canalisation «inconnue» et «sans valeur archéologique» n’est pourtant pas sans rappeler les canaux de la Reppe souterraine ( appelés jadis un Béal par les ollioulais ).

«Le 9ème jour de novembre 1709, le sieur Cordeil dit : que les grottes nouvellement construites pour la conduite des eaux nouvellement trouvées étant entièrement découvertes, il était à craindre que l’eau de la rivière, au lit de laquelle se trouve le nouveau canal, si elle venait à déborder, ne lui causa des dommages. Ordre avait été donné à Pierre Sévère, de faire mettre du gravier dessus pour les mettre à couvert».

Décision fut donc prise par le Conseil d’Ollioules de couvrir les canalisations de la source du Labus de gravier afin de les protéger des crues de la Reppe. La gestion de l’eau douce et du risque d’inondation n’est donc pas chose nouvelle ! Mais nous oublions…

Janvier 2014, dans la presse : «Les inondations ne sont pas rares dans le Var, et même en France. Pourtant, on a perdu «la mémoire» du risque. … Les inondations qui ont touché le département du Var dimanche, loin d’être d’exceptionnelles, sont liées à des phénomènes météorologiques intenses, mais assez fréquents en Méditerranée, dont les conséquences sont amplifiées par l’aménagement du territoire par l’homme.» http://www.ouest-france.fr/inondations-dans-le-var-la-france-une-terre-inondable-qui-oublie-1868728

Nous oublions les mises en garde des anciens, nous oublions le bon sens élémentaire et que dans des zones inondables il ne faut pas construire. Heureusement quand nous perdons la mémoire, il y a des lois pour nous remettre sur les rails… encore faut-il les respecter, plutôt que se lamenter après, trop tard !

La Loi

La loi prend le relais des mémoires défaillantes pour imposer prudence et prévention.

Instaurée en France le 22 juillet 1987, la loi relative aux risques majeurs ( inondations, séismes, feu de forêts ) oblige, par son article 21, à la prévention et à l’information des risques majeurs. Le décret du 11 octobre 1990 précise le contenu et la forme des informations : le préfet établi le dossier départemental des risques majeurs (avec carte) et le Dossier Communal Synthétique (DCS).  Le maire réalise le document d’information communale sur les risques majeurs (DICRIM) ces deux pièces sont consultables en mairie par le citoyen.

15 ans d’inertie

Dans le document communal synthétique (DCS) de Bandol  publié en 2001, on trouve cette description du risque majeur :

« Le risque majeur a deux caractéristiques

– Sa gravité, si lourde à supporter par les populations ;

– Sa fréquence, si faible qu’on pourrait être tenté de l’oublier et de ne pas se préparer à sa survenue.[…]

Et pourtant… Pour le risque naturel notamment, on sait que l’avenir est écrit dans le passé… La prévention coûte cher : il faut beaucoup de moyens financiers pour se protéger. […] Parfois on oubliera : on fera des économies budgétaires au profit d’investissement plus rentable. »

En 2008, le maire de Bandol édite un Plan Communal de Sauvegarde (PCS), et le DICRIM parait en 2010.

Toujours en 2010, à Bandol, une enquête publique est lancée pour un projet d’envergure (la construction d’un Casino et d’un hôtel) sur le terrain du stade des grands-Ponts, pourtant de notoriété publique «zone inondable» (je précise : «de notoriété publique» chez les vieux Bandolais qui ont encore en mémoire les inondations de 1978 ou de 1983 ).

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L’avis, tout en diplomatie, du commissaire-enquêteur met un terme attendu à ce projet : «il est difficile d’envisager l’édification d’un établissement recevant du public sur une zone rouge R2.» [ et pour cause : la loi l’interdit (1)], rajoutant : «Notons toutefois que le PPRi n’est pas actuellement approuvé et que nous faisons référence à ce jour aux études d’aléas qui sont préparatoires à cette approbation.» À ce jour, le PPRi ( Plan de prévention du risque inondation) n’a toujours pas été approuvé par le conseil municipal depuis sa prescription en 1999, bien qu’il ait été intégré partiellement dans le PLU de 2013 !

Le PPRI toujours en cours d’approbation

Chose curieuse : à Bandol :  le PLU de 2013 s’est borné à prendre en compte la zone du grand Vallat, prescrite dans les études du PPRi de 1999 d’après ses antécédents historiques, comme seule zone inondable, mais néglige le plan d’aléa du DCS de 2001(cf  Cartes)  où figurent l’ensemble des zones inondables de Bandol, dont le Canet (résidence des Perles marines), Clairefont et les îles de Bandol, les contrebas de la Gendarmerie (programme immobilier Cap Frégate), la descente de la gare et le nord de l’avenue du 11 Novembre (concernée par la future convention avec l’EPF PACA)… Toutes ses zones comptent parmi celles les plus impactées par les dernières inondations, mais marquent aussi d’importants chantiers récents.

Cartes Alea Inondation

Pourquoi la carte initiale de la préfecture n’a-t-elle pas été reprise intégralement par la municipalité ? Pourquoi la prise en compte des Risques Majeurs est-elle si longue à mettre en place ?

Échéance

Or le temps presse. Pas seulement par l’urgence de prévention des catastrophes qui n’émeuvent qu’à courte durée, mais par la Directive européenne 2007/60/CE entrée en vigueur le 26.11.2007 qui prévoyait l’établissement de Cartes des risques d’inondation au plus tard pour le 22 décembre 2013, pour une prise en compte globale nationale fin 2015.

En théorie, depuis le 1er trimestre 2014, les PPRI opposables ( ceux ayant été approuvés par les Conseils municipaux ) s’imposent aux PLU (plans locaux d’urbanismes) et devraient tendre à limiter la constructibilité et donc l’imperméabilisation des sols.

«Au total, 80% des terres Varoises sont inconstructibles, à cause des risques incendie ou inondation mais la pression immobilière est trop forte.» http://france3-regions.francetvinfo.fr/cote-d-azur/2014/01/21/inondations-dans-le-var-la-polemique-399871.html

Alors 15 ans de gagnés par rapport à l’application des lois,  c’est toujours ça pour certains  ! La ville avance… En revanche pour les autres, il ne faut attendre aucune indulgence de la part des éléments qui eux ne traînent pas des pieds.

1- La circulaire  interministérielle du 24 Janvier 1994 précise que toute construction nouvelle doit être interdite à l’intérieur des zones soumises aux aléas les plus forts et que toute opportunité doit être saisie pour réduire le nombre de constructions exposées.»

Nathalie Caune
Bandol Littoral
 

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  2 comments for “Inondations à Bandol, LA MÉMOIRE ET LA LOI par Nathalie Caune

  1. Gerard DEMORY
    19/11/2014 at 12 h 28 min

    Ah la vox populi…. Il y a deux mois, jour pour jour le 19 septembre… c’était le déluge sur BANDOL… et dans les jours qui suivirent la pluie, les inondations occupaient toutes les discussions… de même quelques jours plus tard lorsque survinrent de nouveaux orages…
    Aujourd’hui, c’est le silence. Les questions de majorité municipale occupent les blogs et journaux… de manière tout à fait légitime… mais pour ce qui est des inondations, seuls ceux qui ont subi des dégâts ont encore en mémoire et dans leur quotidien la réalité qui risque , pour les autres, de se rappeler à l’ordre du jour à tout moment…. et aussi lorsque la prime d’assurance de l’habitation connaitra quelques petites et discrètes augmentations…. Car il faudra bien payer un jour et débourser pour corriger trente années d’urbanisation débridée.

    Dormez , dormez, bétonnez, imperméabilisez vos sols…. le réveil n’en sera que plus « les pieds dans l’eau »… voire dans le salon ou dans la voiture….

    Tous les matins je passe devant ce magnifique chantier de Cap Fregate au bas de la gendarmerie évoqué dans l’article de Nathalie… les pieds dans l’eau… garages à autos en cours de construction…. ou garages à bateaux…. Aucun bandolais ne sera assez fou pour y acheter un quelconque logement …. heureusement il y a les « gogos » venus d’ailleurs pour les remplacer… et , sans nullement les discriminer, ceux qui y seront locataires dans le cadre du logement social…. Pas de vue sur mer mais pieds dans l’eau assurés pour l’hiver et l’automne…

    Et si on suit le cours de l’eau… on arrive en bord de mer… Et la belle résidence en cours de finition: Perle Marine, av; Albert 1°…. On déni de justice et de légalité: en infraction avec la loi Littoral, un espace boisé rasé en toute impunité pour le moment… et là des garages à bateau assuré si on se rapporte à ce qui s’est passé le 19 septembre: sous sol envahis par l’eau arrivant de toutes parts du haut de Bandol ,et de l’avenue… Ah ils auront la vue sur la mer (surtout aprés avoir rasé l’espace boisé et abattu les grands arbres, béton roi oblige)… et dans quelques années, le niveau de la mer ne pouvant que monter, ils pourront directement de leurs balcons ou escaliers, mettre les pieds dans l’eau salée et faire de la plongée sous marine dans les grottes des garages….

    Ce qu’on appelle une politique urbanistique débridée…. et cette merveilleuse cartographie de 2001: elle dit tout et montre tout sur les risques d’inondation…Pourquoi ne pas en avoir tenu compte? Pourquoi ce silence dans les deux PLU de 2008 et 2013… Pourquoi ces permis…..

    Attendons la suite de l’article de Nathalie… d’autres surprises en perspective.

  2. Gerard DEMORY
    22/11/2014 at 0 h 52 min

    Ce qui nous attend à plus ou moins moyen terme sur le bord littoral…. Les perles Marines, garages à bateaux assurés…

    http://www.lemonde.fr/climat/article/2014/11/21/les-tempetes-ont-fait-reculer-la-cote-atlantique-de-dix-metres_4527526_1652612.html

    Ce sera plus long sur notre cote maditerranéenne, mais érosion et élévation de la mer conduiront au même résultat.

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